Hosei Erasmus Mundus Program Euro Pholosophy

Hosei Erasmus Mundus Program, Euro Pholosophy - Over the two academic years 2008-9 and 2009-10 at Hosei University, classes for the first semester of "Euro Philosophy", an EU Erasmus Mundus Master Program, have taken the form of one-month intensive lecture series. This is the first instance in Japan of administering such a large-scale intensive lecture series within the Erasmus Mundus Master Program.

Syllabus

Syllabus de cours du module « Métaphysique » (2014)

■Camille RIQUIER (Institut Catholique de Paris)
Péguy « bergsonien » : la métaphysique du monde moderne et sa critique

▶Charles Péguy est bien connu en imprécateur rugissant contre le monde moderne. Mais l'est-il vraiment comme penseur du monde moderne ? Loin que sa colère l'ait aveuglé, ne lui a-t-elle pas donné un regard plus pénétrant sur lui ? N'est-il pas en effet le premier à avoir considéré que la modernité a rompu avec les humanités précédentes au point de faire "monde", de faire tout un nouveau "monde"? C'est qu'elle a offert à l'humanité, écrit-il, "des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l'histoire, tout ce que nous avons appris [...] ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n'y a pas de précédents" (Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, "Bibliothèque de la Pléiade", III, p. 1455). Et pour penser ce que rien dans le passé ne peut nous aider à penser, Péguy a dû s'appuyer sur la philosophie d'Ernest Renan mais surtout sur celle d'Henri Bergson, laquelle née « de notre temps » « n'est point moderne » (Un poète l'a dit, "Bibliothèque de la Pléiade", II, p. 810). En allant même à contre-courant de la modernité, Bergson lui a servi à comprendre le moderne d'abord, à « déplacer le moderne » ensuite.

▶Bibliographie indicative :
- Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », présentée, établie et annotée par Robert Burac, I, 1987,
- Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », présentée, établie et annotée par Robert Burac, II, 1988,
- Charles Péguy, Œuvres en prose complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », présentée, établie et annotée par Robert Burac, III, 1992.
- Henri Bergson, Œuvres, Paris, PUF, édition critique sous la direction de F. Worms.

▶6 séances de cours
2/4(13h-15h),
3/4(15h30-17h30),
4/4(10h-12h),
8/4(13h-15h),
10/4(15h30-17h30),
11/4(15h30-17h30)


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■Élie DURING (Université de Paris Ouest Nanterre)
Qu'est-ce qui n'existe pas ? Questions d'ontologie

▶« Il n'y a pas de néant. Zéro n'existe pas. Tout est quelque chose. Rien n'est rien. » (Victor Hugo, Les Misérables)

Dites-moi ce qui n'existe pas, je vous dirai quelle est votre conception de l'ontologie. Telle est la formule qui servira de fil directeur à ce cours en forme de triptyque. À la question : « Qu'est-ce qui n'existe pas ? », on peut imaginer les réponses les plus diverses. Par exemple : « Une fourmi de dix-huit mètres / Avec un chapeau sur la tête », pour citer le poète Robert Desnos. La liste pourrait être poursuivie sans fin : licornes et loups-garous, fantômes et Ovnis, etc. Objets fictionnels (irréels) ou simplement douteux (improbables), il est entendu que rien de tout cela n'existe. Mais en quoi la philosophie est-elle concernée ? Et a fortiori, l'ontologie ? Pour établir avec certitude l'inexistence de quoi que ce soit, mieux vaut recourir à des arguments a priori. De ce point de vue, une contradiction logique (un cercle carré, l'ensemble de tous les ensembles) semble être un indice d'inexistence plus sûr que le caractère hasardeux des conjectures que chacun peut former au sujet du frère jumeau d'Elvis ou de la quatrième dimension. Les objets impossibles suggèrent un argument ontologique inversé : une démonstration d'inexistence procédant par purs concepts, une preuve « négontologique »... À l'heure où la métaphysique contemporaine prend volontiers la forme d'une enquête sur les modes d'existence, il paraît nécessaire de s'intéresser de près aux conditions d'un discours sur l'inexistant et les modes d'inexistence. On sera ainsi conduit à distinguer des des ontologies « plates » mais libérales et même exubérantes, accordant généreusement l'existence à beaucoup de choses, peuplées ou non d'objets inexistants, et à l'inverse, des ontologies « maigres », pour lesquelles il n'existe quasiment rien, et qui ne laissent pas non plus grand chose en dehors de ce qui existe. Nous soutiendrons pour notre part la thèse selon laquelle l'ontologie, pour rendre compte de ce qui existe, ne peut se passer d'une théorie des degrés d'inexistence.

▶I. Partie critique : du mode d'être de l'inexistant
L'ontologie ne prétend pas faire un inventaire raisonné des choses (ni même des genres de choses) qui existent et de celles qui n'existent pas ; elle vise directement le principe de tout inventaire en s'interrogeant sur le concept même d'existence. Cette démarche a conduit les fondateurs de la philosophie analytique (notamment Russell dans sa discussion avec Meinong) à redéfinir l'ontologie sur la base d'une critique drastique de l'idée d'objet inexistant (distinct du non-être ou du néant). À la question : « Qu'est-ce qui n'existe pas ? », il conviendrait de répondre simplement : « Rien, tout existe ». Ce qui signifie que l'inexistant n'est pas un objet de discours. Nous verrons ce qui motive cette position radicale et en quel sens elle fait écho à la discussion kantienne de l'argument ontologique.

Bertrand RUSSELL, "On Denoting" (1905) et autres textes réunis dans Essays in Analysis, D. Lackey (éd.), London, Allen & Unwin, 1973.
Bertrand RUSSELL, Histoire de mes idées philosophiques, trad. G. Auclair, Paris, Gallimard, 1961, p. 208-211, 215-216, 301-302 et 304-305
Bertrand RUSSELL, The Principles of Mathematics, New York, W. W. Norton Company, 1903 (2e edition 1937), p. 449-450.
Alexius MEINONG, Théorie de l'objet, Paris, Vrin, 1999.
Gottlob FREGE, « Fonction et concept », in Écrits logiques et philosophiques, Paris, Seuil, 1971.
SAINT ANSELME DE CANTORBERY, Proslogion : allocution sur l'existence de Dieu, chap. 2-3 (trad. B. Pautrat, Paris, GF, 1993, p. 41-43).
René DESCARTES, Méditations métaphysiques, V.
Gottfried Wilhelm LEIBNIZ, Nouveaux Essais sur l'entendement humain, IV, 10, §8. Immanuel KANT, L'unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu, I. 1 (trad. S. Zac, in Œuvres, Pléiade, t. I, p. 325-326).
Immanuel KANT, Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale, Idéal de la raison pure, « De l'impossibilité d'une preuve ontologique de l'existence de Dieu » (trad. A. Renaut, Aubier, p. 530-536).
Georg Wilhelm Friedrich HEGEL, Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, 1ère partie (Science de la logique), B, II, §51 (trad. M. de Gandillac, Gallimard, p. 117-118).

▶II. Partie heuristique : des différents modes d'inexistence
L'enquête négontologique ne commence à proprement parler que si l'on accorde qu'il n'y a pas un seul sens de l'existant, et donc de l'inexistant. La philosophie a trop vite assimilé l'inexistant à l'être de fiction, et ce dernier à un mode d'existence purement mental, ou « intentionnel ». Il faut bien que les êtres de fictions existent d'une certaine façon, il faut bien qu'ils échappent au pur néant puisque nous en parlons. On dit qu'il s'agit de simples représentations. Mais quel est le mode d'existence d'une représentation ? Que signifie que la conscience existe ? Et que dire alors des êtres symboliques (une institution), des universaux et des entités abstraites (les champignons, le nombre 3, la loi de la gravitation), des possibles (la victoire de la France en finale de l'Euro 2012, le monde où cet événement a lieu), des êtres relationnels (un son, le temps), ou encore des êtres obtenus par composition arbitraire (mon téléphone portable + l'oreille gauche de Barack Obama) ? Existent-ils eux aussi ? Et en quel sens ? Quelles raisons avons-nous de leur dénier l'existence ? Que gagnons-nous à la leur accorder ?

Immanuel KANT, Critique de la raison pure, Logique transcendantale, Analytique des principes, Appendice « De l'amphibologie des concepts de la réflexion » (trad. A. Renaut, Aubier, p. 327-328).
Bertrand RUSSELL, Introduction à la philosophie mathématique [1919], trad. F. Rivenc modifiée, Paris, Payot, p. 314-316.
Jean-Paul SARTRE, L'Imaginaire (1940), Paris, Gallimard-Folio, 1986.
Jean-Paul SARTRE, « Monsieur François Mauriac et la liberté » in Situations I, 1939
Étienne SOURIAU, Les différents modes d'existence [1943], Paris, PUF, 2009, p. 130-134
Alfred North WHITEHEAD, Process and Reality, New York, Macmillan, 1929, II, 9 (trad. fr. Procès et Réalité, Paris, Gallimard, 1995).
Alfred North WHITEHEAD, Modes of Thought [1938], New York, The Free Press, 1968 (trad. fr. Modes de pensée, Paris, Vrin, 2004).

▶III. Partie spéculative : le virtuel et les degrés d'inexistence
Admettons que seul le néant n'existe absolument pas : il reste à explorer le domaine des existences ténues ou évanouissantes, mais aussi à parcourir toutes les nuances de l'inexistence, de l'irréel au non-être, de l'improbable à l'impossible, de l'inexistence de fait à l'inexistence de droit, du potentiel à l'actuel. Car si l'on admet des degrés d'existence, des intensités variables d'existence, pourquoi ne pas admettre également des degrés d'inexistence ? Pour étayer cette conception intensive de l'inexistence, on se concentrera sur le statut du virtuel, ou plutôt des virtualités, avec deux points d'appui privilégiés : la philosophie de Bergson (avec ses extensions du côté de Ruyer et de Deleuze), mais aussi plus généralement la question philosophique du statut du passé et de l'avenir.

Henri BERGSON, L'Énergie spirituelle [1919], Paris, PUF, 2009, « Le souvenir du présent et la fausse reconnaissance », « L'effort intellectuel ».
Étienne SOURIAU, Avoir une âme, essai sur les existences virtuelles, Paris, Les Belles Lettres, 1938.
Raymond RUYER, Néo-finalisme [1952], Paris, PUF, 2012.
Nathalie SARRAUTE, Tropismes [1939], Paris, Minuit, 2012.
Gilles DELEUZE, Dialogues, Paris, Champs-Flammarion, 1995, « L'actuel et le virtuel ».
Tristan GARCIA, Forme et objet : un traité des choses, Paris, PUF, 2011.

▶3 séances de cours
22/5(13h-15h)
23/5(15h30-17h30)
26/5(10h-12h)


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■Vincent GIRAUD (Université de Kyoto)
La pensée médiévale et le signe

▶La pensée médiévale d'occident a mis le signe au cœur de sa spéculation. Si l'importance qu'a pu revêtir le signum dans le champ logique et cognitif est aujourd'hui bien établie (notamment chez un penseur comme Guillaume d'Ockham), son rôle sur le terrain de la réflexion ontologique reste à préciser. Or, cet apport est capital. D'Augustin à Nicolas de Cues, en passant par Denys, Jean Scot (Érigène) et Bonaventure, le signe occupe le cœur d'une pensée qui envisage l'être et le phénomène à partir de la catégorie de signification.

▶Lors de ces trois séances, nous voudrions donner corps et figure à cette étape essentielle, mais le plus souvent négligée, de « l'histoire de l'être ».

Séance 1 : Le signe, le vestige et le manifeste (Augustin)
Séance 2 : Théophanie (Denys l'Aréopagite et Jean Scot Érigène)
Séance 3 : Signe et conjecture (Nicolas de Cues)

▶Bibliographie indicative
Textes :
- Augustin (textes importants sur le signe épars dans toute l'œuvre. Voir les passages reproduits et traduits dans mon propre ouvrage, ci-dessous).
- Denys l'Aréopagite : Œuvres complètes du Pseudo-Denys l'Aréopagite, trad. M. de Gandillac, Paris, Aubier, 1943.
- Jean Scot Érigène, De la division de la nature (Periphyseon), trad. F. Bertin, Paris, PUF, 1995-2009 (4 vol.).
- Nicolas de Cues, Compendium, trad. H. Pasqua, Paris, Manucius, 2014.

Éléments de littérature secondaire :
FALQUE (E.), Dieu, la chair et l'autre. D'Irénée à Duns Scot, Paris, PUF, « Épiméthée », 2008. (Chap. II : Dieu phénomène - Jean Scot Érigène, p. 87-136)
GIRAUD (V.), Augustin, les signes et la manifestation, Paris, PUF, « Épiméthée », 2013.
PERL (E. D.), Theophany. The Neoplatonic Philosophy of Dionysius the Areopagite, Albany (NY), SUNY Press, 2007.
ROQUES (R.), L'univers dionysien. Structure hiérarchique du monde selon le Pseudo-Denys, Paris, Le Cerf, 1983 1954.
WOLTER (J.), Apparitio Dei. Der Theophanische Charakter der Schöpfung nach Nikolaus von Kues, Münster, Aschendorff Verlag, 2004.

▶3 séances de cours
2/6(13h-15h)
3/6(13h-15h)
4/6(13h-15h)


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■Hisashi FUJITA (Kyushu Sangyo Université)
Localiser l'illocalisable. Une lecture de Matière et Mémoire de Bergson

▶1re séance : Le destin du lieu. Prolégomènes
2e séance : Le monumental. Le 1er et le 4e chapitres de Matière et Mémoire
3e séance : L'immémorial. Le 2e et le 3e chapitres de Matière et Mémoire

▶3 séances de cours
10/5(13h-15h)
10/5(15h30-17h30)
23/5(13h-15h)