Hosei Erasmus Mundus Program Euro Pholosophy

Hosei Erasmus Mundus Program, Euro Pholosophy - Over the two academic years 2008-9 and 2009-10 at Hosei University, classes for the first semester of "Euro Philosophy", an EU Erasmus Mundus Master Program, have taken the form of one-month intensive lecture series. This is the first instance in Japan of administering such a large-scale intensive lecture series within the Erasmus Mundus Master Program.

Syllabus

Résumés(2016)

Métaphysique
■Fujita
▶(titre)
« La métaphysique du mariage et sa déconstruction »
▶(résumé)
La question du mariage a été et reste une question à la fois ethnologique, anthropologique, sociologique, historique, politique, bio-politique, économique, culturelle, féministe, postcoloniale, mais pas suffisamment philosophique. C'était dès le début, c'est-à-dire depuis Socrate et Xanthippe, la relation mariage-philosophie a été tendu ou plutôt malaisé. Peut-être parce que la question du mariage est trop proche de notre vie la plus intime, la plus infime, de ce que les Français appellent « Petits riens ». Heidegger dans la Lettre sur l'humanisme, transmet une légende d'Héraclite racontée par Aristote dans les Parties des animaux : « on dit qu'Héraclite, à des visiteurs étrangers qui, l'ayant trouvé se chauffant au feu de sa cuisine, hésitaient à entrer, fit cette remarque : « Entrez, il y a des dieux aussi dans la cuisine. » (645a16-20). Et Heidegger interprète cette « cuisine », ce « foyer » comme « être » et nomme son propre acheminement « éthique fondamentale ». Mais si c'est le cas, s'il s'agit de cette tâche noble, pourquoi Aristote en déduit cette conclusion pour parler d'un « dégoût » et d'une « beauté » paradoxale : « Eh bien, de même, entrons sans dégoût dans l'étude de chaque espèce animale : en chacune, il y a de la nature et de la beauté ». Le mariage est cette « cuisine », ce « foyer » moulé entre instinct et institution. Il recèle une métaphysique, et s'appuie sur quelques concepts fondamentaux, tels que « contrat », « propriété », ou « individu ». La nécessité de déconstruire cette métaphysique révèle une autre éthique fondamentale.
Six séances sont prévues :
1. Introduction : Qu'est-ce qu'une métaphysique du mariage et sa déconstruction ?
2. Le moment grecque : Platon
3. Le moment chrétien : St. Paul et Luther
4. Le moment moderne 1 : Rousseau et Hegel
5. Le moment moderne 2 : Restif de la Bretonne (conférence d'Atsuo Morimoto, Institute for Research in Humanities, Kyoto University)
6. Le moment contemporain : Deleuze et Derrida
▶(bibliographie)
Platon, Le banquet, tr. Brisson, GF.
St. Paul, Première épître aux Corinthiens
Rousseau, La Nouvelle Héroïse en particulier, mais aussi Emile et Contrat social (GF).
Hegel, La philosophie du droit, GF ou Quadrige.
RÉTIF DE LA BRETONNE, Monsieur Nicolas, édition établie par Pierre Testud, 2 vol., Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1989.
─ La Vie de mon père, in [Œuvres de Rétif de la Bretonne, t. II], édition établie par Daniel Baruch, Robert Laffont, « Bouquins », 2002.

■Pellegrin
▶(titre)
« La métaphysique comme méditation et entretien: Descartes, Malebranche »
▶(résumé et bibliographie)
Séances 1 et 2 : Méditer métaphysiquement
On montrera ici pourquoi les notions de « méditation » et de « métaphysique » ne vont pas spontanément de pair. Il s'agit d'une construction philosophique. Elle trace tout d'abord une frontière originale entre foi et raison. Elle constitue ensuite une nécessité qui bouleverse l'ordre des disciplines philosophiques. Elle permet enfin seule de comprendre le modèle cartésien de la science.
Bibliographie :
Descartes R., Les méditations métaphysiques.
Kambouchner D., Les méditations métaphysiques de Descartes, PUF, 2005.

Séance 3 : S'entretenir métaphysiquement
En faisant de la métaphysique l'objet d'entretiens, Malebranche est-il fidèle à la métaphysique telle que redéfinie et pratiquée par Descartes ? En ajoutant que ces entretiens portent à la fois sur la métaphysique et sur la religion, Malebranche semble proposer un usage philosophique de la religion très spécifique.
Bibliographie :
Malebranche N., Entretiens sur la métaphysique et sur la religion.
Moreau D., Malebranche, Vrin, 2004.

■Hara
▶(titre)
« Badiou lecteur de Lacan, ou pour une autre « Métaphysique » »
▶(résumé)
Dans ce cours nous nous intéresserons à la conception « soustractive » de la métaphysique que Alain Badiou a proposée, en référence à Lacan et en opposition à Heidegger, pour voir comment elle s'enracine dans une conception proprement lacanienne du langage, que Lacan n'a cessé d'élaborer de « la chaine signifiante » à « lalangue », et qui impliquant des notions spécifiques de « signification », de « l'Un » et de « l'Autre » permet à Badiou de concevoir cette autre « Métaphysique ».
Trois séances sont prévues :
Cours 1 : Introduction / Lacan lecteur des théories linguistiques : Saussure, Jakobson, Benveniste (et Heidegger)
Cours 2 : De la linguistique à la « linguisterie » : la signification, l'Un, et l'Autre
Cours 3 : Le triple statut lacanien de l'Autre et la question de son « être »
▶(bibliographie)
-Les travaux d'Alain Badiou :
Badiou, Alain, L'être et l'événement, Editions du Seuil, Paris, 1988.
Badiou, Alain, Conditions, Ed. du Seuil, Paris, 1992.
Badiou, Alain, Lacan. L'antiphilosophie 3. 1994-1995, Fayard, Paris, 2013. (transcription du séminaire publiée d'ailleurs sur le site d'Internet que voici : http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/94-95.htm )
-Les travaux de Jacques Lacan :
De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité suivi de Premiers Ecrits sur la paranoïa. Ed. du Seuil, Paris, 1975.
Ecrits, Ed. du Seuil, Paris, 1966.
Autres écrits, Ed. du Seuil, Paris, 2001.
Le Séminaire (texte établi par Jacques-Alain Miller, Ed. du Seuil, Paris) :
Livre III Les psychoses, 1981.
Livre V Les formations de l'inconscient, 1998.

■Gontier :
▶(titre)
« Introduction à la noétique médiévale (XIIe-XVIe siècle)) »
▶(résumé)
La question de la nature, des opérations et de la destinée de l'âme et de l'intellect (nous en grec, d'où le terme de « noétique ») fait l'objet de nombreux débats dans la philosophie médiévale des XIIe-XVIe siècles. Elle est posée sur la base de l'interprétation de textes, peu nombreux, et dont la cohérence reste problématique, du De anima d'Aristote.
Nous nous proposons dans ce cours d'examiner trois positions emblématiques : celle d'Averroès (XIIe siècle), dont la traduction latine du « grand commentaire » du De anima a initié le débat en Occident et dont la position sera connue sous l'étiquette de « l'unité de l'intellect» (i.e. un seul intellect, immortel, pour tous les hommes) ; celle de Thomas d'Aquin (XIIIe siècle), plaidant à la fois pour l'individuation de l'intellect et pour son immortalité ; celle enfin de Pietro Pomponazzi (XVe-XVIe siècles) qui, au nom de l'individuation de l'intellect, déconstruit les arguments averroïstes et thomistes en faveur de son immortalité.
Trois séances sont prévues :
1. Introduction (les textes d'Aristote) et le commentaire d'Averroès
2. Saint Thomas
3. Pietro Pomponazzi
▶(bibliographie)
1 / Sources
- ALEXANDRE D'APHRODISE, Enarratio de anima ex Aristotelis institutione, interprete Hieronimo Donato, Brescia, 1495 ; réimpr. anast., intro. E. Kessler, Stuttgart - Bad Cannstatt, 2008.
- THÉMISTIUS, Paraphrasis eorum quae De anima Aristotelis : On Aristotle's On the Soul, trad. R.B. Todd, London, Duckworth, 1996.
- * AVERROES, trad. A. de Libera, L'Intelligence et la pensée. Sur le De anima (Granc commentaire du 3e livre du De anima), GF Flammarion, 1998.
- AVERROES, Grand commentaire sur le Traité de l'âme d'Aristote [version complète, en latin], texte latin établi par F. Stuart Crawford, Carthage, Académie Tunisienne des Sciences des Lettres et des Arts « Beït Al-Hikma », 1997.
- * THOMAS D'AQUIN, Contre Averroès, trad. A. de Libera, Paris, Flammarion, 1997 (édition bilingue).
- Thomas d'Aquin, Commentaire du Traité de l'âme d'Aristote, trad. J.M. Vernier, Paris, Vrin, 1999.
- THOMAS D'AQUIN, Somme contre les gentils, trad. C. Michon (l. I-II), V. Aubin (l. III), Paris, Flammarion, 1999.
- THOMAS D'AQUIN, Somme théologique, coord. A. Raulin, trad. A.M. Roguet, Paris, Cerf, 4 tomes, 1984-1986.
- Trois commentaires anonymes sur le Traité de l'âme d'Aristote, éd. M. Giele, F. Van Steenberghen et B. Bazán, Louvain-Paris, Publications universitaires de Louvain - Beatrice Nauwelaerts, 1971.
- DUNS SCOT Jean, Opera omnia, editio minor, Bari, Editrice Alberobello, 6 vol., 1998-2003.
- * POMPONAZZI Pietro, Traité de l'immortalité de l'âme / Tractatus de immortalitate animæ (édition critique, trad., notes et intro.), Paris, Les Belles Lettres, « Classiques de l'humanisme », 2012 (édition bilingue).
2/Littérature secondaire
- BIARD Joël & GONTIER Thierry (dir.), Pomponazzi. Entre traditions et innovations, Amsterdam-Philadelphia, B.R. Grüner Publishing Compagny, « Bochumer Studien zur Philosophie », 2009.
- BRENET Jean-Baptiste, « Moi qui pense, moi qui souffre. Le problème de l'identité du composé humain dans la riposte averroïste de Pierre d'Auriole et Grégoire de Rimini », dans O. Boulnois (éd.), Généalogies du sujet. De saint Anselme à Malebranche, Paris, Vrin, 2007, p. 151-169.
- BRENET Jean-Baptiste, « Thomas d'Aquin et la pensée humaine du composé », Mélanges de l'Université Saint-Joseph, Beyrouth, 59 (2006), p. 69-96
- BRENET Jean-Baptiste, Transferts du sujet. La noétique d'Averroès selon Jean de Jandun, Paris, Vrin, 2003.
- GILSON Étienne, « Autour de Pomponazzi. Problématique de l'immortalité de l'âme en Italie au début du XVIe siècle », Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, 28 (1961), p. 163-279 ; rééd. dans Id., Humanisme et Renaissance, avant-propos de J.F. Courtine, Paris, Vrin, 1983.
- GILSON Étienne, « L'affaire de l'immortalité de l'âme à Venise au début du XVIe siècle, in V. Branca (dir.), Umanesimo europeo e umanisimo veneziano, Firenze, G.C. Sansoni, 1963, p. 31-61 ; rééd. dans Id., Humanisme et Renaissance, avant-propos de J.F. Courtine, Paris, Vrin, 1983.
- GONTIER Thierry, « Matérialisme alexandriste et matérialiste pomponazzien : Remarques sur le chapitre IX du De immortalitate animæ », in J. Biard & Th. Gontier, Pomponazzi. Entre traditions et innovations ..., 2009, p. 99-119.
- GONTIER Thierry, « Pulex contra elephantum : Pomponazzi et Thomas, lecteurs du De anima d'Aristote », L. Boulègue (dir.), Commenter et philosopher à la Renaissance, Lille, éd. du Septentrion, coll. « Cahiers de philologie », 2014, p. 47-60.
- GONTIER Thierry, « Vie contemplative et vie active chez Pietro Pomponazzi : autour de la comparaison organiciste du chapitre 14 du De immortalitate animæ », Ch. Trottmann (dir.), Vie active et vie contemplative au Moyen Âge et au seuil de la Renaissance, Rome, Collection de l'École Française de Rome, 2009, p. 443-471.
- LIBERA Alain de, L'unité de l'intellect. Commentaire du De unitate intellectus contra averroistas de Thomas d'Aquin, Paris, Vrin, 2004.

Phénoménologie
■Goda:
▶(titre)
« Le développement de la phénoménologie japonaise »
▶(résumé)
La phénoménologie de Husserl a si rapedement envahi les jeunes chercheurs japonais de la philosophie ; en effet pas mal de chercheurs japonais tels que Shuzo Kuki, Hajime Tanabe, Testsuro Watsuji, Kiyoshi Miki, Satomi Takahashi, Risaku Mutai etc. sont allés étudier auprès de Husserl et de Heidegger avant 1930. Selon Takahashi, Husserl les a accueillis avec amabilités exceptionnelles. Est-ce par hasard ? Non, dit Takahashi. Alors pourquoi ? Takahashi suppose que le Japon étant une sort de terre vierge de la philosophie, Husserl l'a trouvé convenable pour l'enracinement de sa nouvelle philosophie. Supposition arbitraire, sans dout. Et pourtant tout s'est passé comme si Takahashi avait eu raison. Chacun de ces ''disciples'' japonais de Husserl et de Heidegger a plus ou moins réussi à élaborer sa propre théorie philosophique: ''Anatomie de l'Iki'' chez Kuki, ''Logique de l'espèce'' chez Tanabe, ''Logique de l'imagination'' chez Miki, ''Fudo'' chez Watsuji, ''Logique du lieu'' chez Mutai etc.. Fécondité sans précédent bien sûr et qui ne s'est pas reproduite jusqu'aujourd'hui. Ce fait devient d'autant plus siginificatif que nos philosophes ont été obligés de montrer leur impuissance devant le gouvernement militaire du Japon d'alors.
Dans ces conditions, je voudrais vous montrer les divers aspects du développement de l'école phénoménologique japonais, les comparer à ceux de l'Europe des années 30, et d'en tirer les problématiques qui sont probablement si sérieuses, si urgentes pour nous-même.
Six séances sont prévues :
1: Introduction générale, naissance de la ''Tetsugaku'' au Japon
2: Philosophie de Kitaro Nishida, Nishida et Tanabe
3: Qu'est-ce que la ''Logique de l'espèce'' chez Tanabe?
4: Débat autour de la ''Logique de l'espèce''
5: ''Fudo'' et ''Iki''
6: Possibilités de la philosophie ''japonésienne''

■Murakami:
▶(titre)
« Une recherche qualitative phénoménologique du milieu de la santé - autour du soin à domicile »
▶(résumé)
La phénoménologie n'est pas une recherche abstraite et spéculative ni une recherche historique et philologique des classiques. Elle doit envisager la réalité humaine concrète. J'effectue depuis plus de dix ans un « fieldwork » dans le milieu de la santé et essaie d'analyer des data empiriques pour dégager la structure de l'expérience chaque fois singulière.
Dans ce séminaire, je voudrais esquisser d'abord la méthode de la recherche qualitative phénoménologique et ensuite une analyse des cas du soin à domicile (l'un porte sur le soin palliatif et l'autre concerne le soin psychiatrique des schizophrènes). Du point de vue théorique, ce séminaire va thématiser entre autres l'expérience de la mort et une autre théorie de la pratique.
▶(bibliographie)
Je donne deux de mes articles sur l'internet qui ont du rapport avec le sujet du séminaire:
http://bit.ly/25AH906
http://bit.ly/236jvXh

■Pierron :
▶(titre)
« La phénoménologie herméneutique de Paul Ricœur»
▶(résumé)
Ce cours proposera une introduction à l'herméneutique phénoménologique de Paul Ricoeur. Ce philosophe, nourri des philosophies de l'existence (Gabriel Marcel, Karl Jaspers) situe son propre geste intellectuel à la croisée de la phénoménologie d'inspiration husserlienne, de la tradition herméneutique et de la philosophie réflexive. Tout en maintenant avec force la méthode descriptive de type phénoménologique, il déploie la compréhension du soi et de l'identité comme celle d'un apprendre à se comprendre. Répondre à la question « qui suis-je ? », c'est se déchiffrer dans et devant le monde des textes, des symboles et des actions. Le « connais-toi toi-même » ricoeurien est ainsi engagé dans un examen de soi, entendu comme un déchiffrement de soi dans le temps traversé. Ce cours proposera de présenter la méthode de Paul Ricoeur (Cours 1). Il se poursuivra par une attention à la définition ricoeurienne du cogito compris comme cogito blessé avec l'identité narrative (Cours 2). Il se terminera par une présentation de la fécondité de cette méthode pour les questions de philosophie pratiques éthique, juridique ou politique (Cours 3)

Cours 1― la méthode de Paul Ricœur
Cours 2 ―phénoménologie et herméneutique
Cours 3 ―l exemple de l éthique

▶(bibliographie)
Lectures préparatoires :
Paul Ricoeur, Anthologie, Points/Seuil, 2006
Paul Ricoeur, La critique et la conviction, Entretiens, Ed. Calmann-Levy, 1999
Paul Ricoeur, Du texte à l'action, Essais d'herméneutique, Seuil, 1986
Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, 1990.

■Sawada :
▶(titre)
« La question de genre en philosophie : Sartre et la sexualité »
▶(résumé)
Ce cours vise à donner une vue synthétique sur le thème de la sexualité et de l'humanisme dans la phénoménologie en général, et tout particulièrement chez Jean-Paul Sartre.
Dans un premier temps, après un bref rappel des différentes réflexions sur la sexualité, et sur l'homosexualité dans le corpus sartrien, nous analyserons L'Être et le néant, l'un des rares ouvrages philosophiques qui regorge de termes liés au sexe. Ensuite, nous examinerons la polysémie du terme « homme » dans le corpus sartrien. Enfin, en parcourant le corpus sartrien de La Nausée jusqu'à L'Idiot de la famille, nous montrerons les enjeux à la fois philosophiques et littéraires du thème de la sexualité chez ce philosophe.

Philosophie des sciences
■Fasula :
▶(titre)
« La philosophie des sciences de Wittgenstein »
▶(résumé)
Dans quelle mesure Wittgenstein est-il un philosophe des sciences ? Comme le constate une de ses interprètes, Christiane Chauviré, « à force d'avoir dû répéter, en France, que Wittgenstein n'était ni un positiviste logique ni seulement un logicien, mais un philosophe au sens plein du terme, on a pu créer un préjugé inverse, qu'il faut à présent détruire : beaucoup de philosophes des sciences persistent à croire que le maître à penser du cercle de Vienne avait peu à dire sur la science, et en tout cas rien d'important, par opposition à certains de ses compatriotes comme Popper ou les membres du Cercle dont il n'avait pas l'idéologie scientiste, ce qui, assez vite, l'a séparé d'eux. » (C. Chauviré, « Wittgenstein, les sciences et l'épistémologie aujourd'hui », Revue de métaphysique et de morale, 2005/2, n°46, p. 157). C'est ce préjugé que nous chercherons à remettre en cause pendant trois séances, après avoir décrit l'attitude générale de Wittgenstein à l'égard de la science.
Sur ce dernier point, il est vrai que son attitude se caractérise par une mise à distance de la science, que ce soit au niveau de la méthode philosophique, ou de manière plus générale à titre culturel. En même temps, un grand nombre de ses écrits portent sur des questions qui relèvent directement de la philosophie des sciences, notamment ce qu'on pourrait appeler la philosophie des sciences naturelles, la philosophie des mathématiques et la philosophie de la psychologie.
Concernant la philosophie des sciences naturelles (séance 1), on examinera entre autres les points suivants : la nature des hypothèses, le lien entre la recherche de régularités et l'induction, la causalité. Concernant la philosophie des mathématiques (séance 2), on se focalisera d'abord sur la nature des problèmes mathématiques, puis sur des questions d'arithmétique (définition du nombre) et de géométrie (spécificité des figures géométriques), et enfin sur les fondements des mathématiques. Enfin, concernant la philosophie de la psychologie, après avoir décrit le statut de la psychologie chez Wittgenstein, on regardera de près la diversité de ce qu'il appelle les « concepts psychologiques » (sensations, émotions, pensées, etc.).
▶(bibliographie)
Séance 1 - philosophie des sciences naturelles :
- Wittgenstein, Remarques philosophiques, Paris, Gallimard, 1975 (notamment le chapitre 22).
- Wittgenstein, Philosophica IV, Mauvezin, TER, 2005 (notamment le texte « cause et effet : saisie intuitive »).
Séance 2 - philosophie des mathématiques :
- Wittgenstein, Remarques philosophiques, Paris, Gallimard, 1975.
- Wittgenstein, Cours sur les fondements des mathématiques, Mauvezin, TER, 1995.
- Wittgenstein, Remarques sur les fondements des mathématiques, Paris, Gallimard, 1983).
- Bouveresse, La force de la règle, Paris, Minuit, 1987.
- Bouveresse, Le pays des possibles, Paris, Minuit, 1988.
Séance 3 - philosophie de la psychologie :
- Wittgenstein, Recherches philosophiques, Paris, Gallimard, 2004.
- Wittgenstein, Remarques sur la philosophie de la psychologie I et II, Mauvezin, 1989 et 1994
- Wittgenstein, Derniers écrits sur la philosophie de la psychologie I et II, Mauvezin, TER, 1985 et 2000.
- Bouveresse, Le mythe de l'intériorité, Paris, Minuit, 1987 (chapitre 3).

■Kono :
▶(titre)
« Philosophie phénoménologique de l'environnement »
▶(résumé et bibliographie)
Dans mes cours, je voudrais développer une philosophie de l'environnement en se référant à la phénoménologie.

1. Éthique de l'environnement : Introduction des problèmes de l'environnement et la discussion sur les concepts fondamentaux dans l'éthique de l'environnement : l'écologie profonde, la valeur intrinsèque de la nature, biocentrisme, la durabilité, le pragmatisme éthique de l'environnement, l'écoféminisme, la diversité bio-culturelle, « Flux-of-Nature paradigme ».
Références
Thoreau, H.D. (1854). Walden.
Leopoldo, A. (1966). A Sand Country Almanac.
Carson, R.L. (1941). Under the Sea-Wind.
Jamieson, D. (Ed.) (2001). A Companion to Environmental Philosophy. Blackwell.
Light, A. & Rolston III, H. (2003). Environmental Ethics. Blackwell.
McIntosh, R.P. (1985). The Background of Ecology. Cambridge.

2. Le débat sur « wilderness » : La discussion sur le concept de « wilderness ». Le concept de la « conservation » et la « préservation » ; Le mouvement d'établir « Parc national », Qu'est-ce que « wilderness » ? Les critiques sur le concept de « wilderness », Le tourisme et « wilderness ».
Références
Callicott, J.B. (1994). Earth's Insights. University of California Press.
Callicott, J.B. & Nelson, M.P. (1998). The Great New Wilderness Debate. The University of Georgia Press.
Nelson, M.P. & Callicott, J.B. (2008). The Wilderness Debate rages on. The University of Georgia Press.
Oelschaeger, M. (1991). The Idea of Wilderness. Yale University Press.

3. Le concept du « Fûdo » (Milieu) de Tetsuro Watsuji et son développement : Qu'est-ce que le « Fûdo » ? Les critiques à la philosophie de Watsuji ; Augustin Berque et le développement du concept de « Fûdo » ; Fûdo et wilderness ; Vers l'ontologie de l'entier relationnel (Whitehead, Bergson, Taoïsme, etc.)
Références
Berque, A. (1995). Nihon no fûdosei (La Médiance nippone). NHK Ningen Daigaku.
Berque, A. (1996). Chikyu to sonzai no tetsugaku (La philosophie de la Terre et l'être). Berque, A. (1996). Chikyu to sonzai no tetsugaku (La philosophie de la Terre et l'être). Chikuma-Shinsho publisher.
Watsuji, T. (1935). Fûdo: Ningen-gaku-teki-Kosatsu. Fûdo. Le milieu humain, Paris, Éditions du CNRS, 2011, traduit par A. Berque.

■Hoquet :
▶(titre)
« La signification de l'histoire des sciences »
▶(résumé et bibliographie)
Séance 1. Le paradoxe de l'histoire des sciences.
Résumé : Longtemps, l'histoire des sciences a signifié l'histoire des progrès de l'esprit humain. La science était la rationalité, et l'histoire des sciences montrait la raison repoussant ses frontières. Peu à peu, cependant, l'histoire des sciences s'est libérée de son « progressionnisme ». Le fait que la science a une histoire a changé de signification : non plus seulement que nous savons aujourd'hui des choses que nous ne savions pas hier, mais que des choses que nous pensions vraies (intégrées dans le corpus scientifique) se trouvent en réalité être fausses (c'est-à-dire non scientifiques). L'histoire a donc cet étrange pouvoir de convertir la science en mythe.
Bibliographie :
George Sarton, The Study of the history of science, 1936.
Thomas Kuhn, The Structure of scientific revolutions, 1970.

Séance 2. L'histoire, ou l'abstraction de la philosophie dévoilée.
Résumé : Dans l'étude des sciences, l'histoire fonctionne comme une arme pour abattre les prétentions de la philosophie des sciences. L'histoire révèle les aspects chaotiques des découvertes scientifiques, contredisant les tentatives de rationalisation de la philosophie des sciences. Selon une formule d'Herbert Butterfield : l'histoire est « pleine d'accidents, de conjectures et de curieuses juxtapositions d'événements ». Paul Feyerabend fit grand usage de l'histoire des sciences comme réservoir de contre-exemples pour débouter la philosophie de ses positions. La distinction entre contexte de justification et contexte de découverte suffit-elle à résoudre cette contradiction entre histoire et philosophie ?
Bibliographie :
Herbert Butterfield, The Whig interprétation of History, 1965.
Feyerabend, Against Method, 1978.

Séance 3. La science grecque.
Résumé : Quelle valeur accorder au commencement grec des sciences ? Les sciences grecques constituent l'aube de la démarche scientifique. Beaucoup s'accordent à trouver chez les Présocratiques les débuts de la rationalité à l'œuvre. Mais qu'est-ce qui légitime ce sentiment d'une proximité entre les Grecs anciens et nous-mêmes ? Ne vaut-il pas mieux considérer les Grecs anciens comme des Hopis : un peuple dont les modes de pensée nous seraient totalement étrangers, et pour tout dire, « exotiques ».
Bibliographie :
Geoffrey E. R. Lloyd, Une histoire de la science grecque; trad. de l'anglais par Jacques Brunschwig, Paris, La Découverte, 1993.

Séance 4. L'histoire alternative, ou les possibles non explorés.
Résumé : Tout chercheur limite son attention à une seule théorie, à l'exclusion des autres théories empiriquement possibles. Dans le même temps, chaque théorie se maintient en dépit de la persistance de certaines anomalies. L'histoire des sciences est pleine de ces « alternatives » conceptuelles abandonnées, comme la théorie darwinienne de la pangenèse.
Bibliographie :
P. Kyle Stanford, Exceeding our grasp: science, history, and the problem of unconceived alternatives, Oxford : Oxford university press, 2006.

Séance 5. Y a-t-il eu des révolutions scientifiques ?
Résumé : Les Grecs anciens ne pouvaient pas concevoir la théorie des quanta. Il y a donc bien des mutations du savoir qui rendent les formes de sciences incompatibles les unes avec les autres. Comment concilier ce sentiment d'une incommensurabilité des théories scientifiques entre elles, avec l'idée que la science est, malgré tout, un processus cumulatif ce qu'exprime la formule : « Sur les épaules des géants » ? Autrement dit, la science progresse-t-elle ?
Bibliographie :
Gaston Bachelard, Le nouvel esprit scientifique, 1934 ; La Formation de l'esprit scientifique, 1938 ; La philosophie du non, 1942.
Michel Foucault, Les mots et les choses, 1966.

Séance 6. La science vue d'Orient.
Résumé : La science témoigne-t-elle d'un esprit proprement occidental, lié au mécanisme ou à la philosophie chrétienne ? Ou bien est-elle une entreprise authentiquement humaine, unissant des contributions de différentes civilisations ? On reprendra ici la question posée par Joseph Needham : Pourquoi la révolution scientifique ne s'est-elle pas produite en Chine ? On reviendra aussi sur la formule japonaise : « tôkon yôsai » : à l'est la spiritualité, à l'ouest la technique.
Bibliographie : Joseph Needham, La science chinoise et l'Occident (1969), Paris, Seuil, 1973.

■Abiko :
▶(titre)
« La philosophie des sciences d'Auguste Comte »
▶(résumé)
Dans l'histoire des idées, Auguste Comte(1798-1857) a inauguré trois choses, une science (la sociologie), une philosophie (la philosophie positive, le positivisme) et une religion (la religion de l'Humanité). Comte a ainsi bien dépassé d'abord les sciences naturelles vers une science sociale, puis les sciences vers une philosophie et enfin la philosophie vers une religion. À travers ces trois dépassements, Comte a élucidé d'abord la positivité scientifique, puis celle philosophique et enfin celle morale. Dans mon cours, je me proposerai de vous introduire à ces trois élucidations de la positivité, qui n'ont comme appui théorique toujours que, d'après Comte, 'le concours spontné de tous les grands travaux scientifiques', soit le succès historique des sciences.
Trois séances sont prévues:
1. Comte lecteur de Descartes―les sciences positives et la sociologie
2. Comte lecteur de Pascal―la métaphysique et le négativisme
3. Bergson lecteur de Comte―la morale et l'humanité
▶(bibliographie)
Auguste Comte, Cours de philosophie positives, 6 vols (1830-1842)
Auguste Comte, Discours sur l'esprit positif (1844)
Auguste Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme (1848)
Auguste Comte, Système de politique positive, 4 vols (1851-1854)
Lucien Lévy-Bruhle, La philosophie d'Auguste Comte, Paris, Alcan, 1900
Pierre Macherey, Comte, La philosophie et les sciences, Paris, PUF, 1989
Juliette Grange, La philosophie d'Auguste Comte. Science, politique, religion, Paris, PUF, 1996
Laurent Fédi, Comte, Paris, Les Belles Lettres, 2000