Hosei Erasmus Mundus Program Euro Pholosophy

Hosei Erasmus Mundus Program, Euro Pholosophy - Over the two academic years 2008-9 and 2009-10 at Hosei University, classes for the first semester of "Euro Philosophy", an EU Erasmus Mundus Master Program, have taken the form of one-month intensive lecture series. This is the first instance in Japan of administering such a large-scale intensive lecture series within the Erasmus Mundus Master Program.

syllabus

Syllabus de cours du module « Métaphysique »(2012)

Métaphysique de la présence, affectivité, rationalité

  • Grégori Jean(6 cours)

Dans La voix et le phénomène, J. Derrida interprète le « principe des principes » de la phénoménologie comme « la certitude, elle-même idéale et absolue, que la forme universelle de toute expérience (Erlebnis) et donc de toute vie, a toujours été et sera toujours le présent. (...) L'être est présence ou modification de présence. » Et dans Violence et métaphysique, après avoir décrit cette impossibilité « éternelle » et « absolue » de « vivre autrement qu'au présent » comme un « impensable » situé à « la limite de la raison », il ajoute : « La notion d'un passé dont le sens ne pourrait être pensé dans la forme d'un présent (passé) marque l'impossible-impensable-indicible, non seulement pour une philosophie en général, mais même pour une pensée de l'être qui voudrait faire un pas hors de la philosophie. »

Dans l'espace ménagé par cette problématique derridienne, ce cours de propose de montrer :
1/ Que c'est déjà comme la mise en question frontale d'une telle « métaphysique de la présence » que peut être lue l'approche « temporale » proposée par Être et temps de l'affectivité, et pour autant qu'elle consiste à libérer le passé du joug du présent en le subordonnant à cette autre instance temporelle qu'est l'ouverture « ek-statique » de l'avenir.
2/ Que le concept henryen d' « auto-affection » peut être compris comme une radicalisation de ce geste, consistant désormais à libérer le passé du joug de l'avenir lui-même et ainsi, en substituant à l'être-pour-la-mort heideggérien une « phénoménologie de la naissance », à concevoir une temporalisation du temps à partir de ce que Henry nomme « le passé de l'origine ».
3/ Que si ces deux « moments » de l'histoire de la phénoménologie -- qui, pour significatifs qu'ils soient, n'en sont pas pour autant isolés -- consistent bien à mettre en question la « métaphysique de la présence » en reconnaissant progressivement au passé une dimension originaire dans la temporalisation du temps, le fait qu'elle s'opère au prisme du phénomène de l'affectivité ne doit pas nous conduire à y voir, comme le suggère Derrida, une manière d'outrepasser les limites de la « raison » : en redéfinissant « affectivement » le lien intrinsèque entre la subjectivité et l'a priori, c'est au contraire avec le sens même du « rationalisme » que la phénoménologie renoue, en le reconduisant à son fondement phénoménologique effectif.
4/ Qu'à l'horizon de ces trois thèses se dessine dès lors un problème décisif : si le dévoilement progressif d'un « passé » qui n'ayant jamais été présent, précède et fonde toute « entrée en présence », n'est pas tant l'occasion pour la phénoménologie de rompre avec les présupposés husserliens que de les répéter sur un mode affectif en en radicalisant par là même les « effets de clôture », si la conquête de ce passé pur n'est dès lors pour elle qu'une manière d'assumer en le déplaçant l'héritage de la tradition métaphysique, comment envisager a contrario la possibilité de s'en émanciper ? Ce qui signifie dès lors : comment libérer le temps de toute instance métaphysiquement déterminante, et quelles conséquences une telle libération aurait-elle sur le couple affectivité/rationalité ? Autant de questions que nous tenterons de poser en nous confrontant, in fine, à Kierkegaard.

[Bibliographie sélective]

  • Derrida J., « Violence et métaphysique », dans L'écriture et la différence, Paris, Seuil, « Tel Quel », 1967.
  • Derrida J., La voix et le phénomène, Paris, PUF, « Quadrige », 2007.
  • Heidegger M., Être et temps, trad. fr. E. Martineau, Paris, Authentica, 1985.
  • Heidegger M., Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie, trad. fr. J-F. Courtine, Paris, Gallimard, 1985.
  • Henry M., L'essence de la manifestation, Paris, PUF, « Epiméthée », 1990.
  • Henry M., « Phénoménologie de la naissance », dans De la phénoménologie, t. I. Phénoménologie de la vie, Paris, PUF, « Epiméthée », 2003.
  • Husserl E., Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, trad. fr. H. Dussort, Paris, PUF, « Epiméthée », 1964.
  • Kant I., Critique de la raison pure, trad. fr. A. J.-L. Delamarre et F. Marty dans Œuvres philosophiques, Paris, Gallimard, « La Pléiade », t. I., 1980.
  • Kierkegaard S., Les miettes philosophiques, trad. fr. P. Petit, Paris, Seuil, « Points Essais », 1967.
  • Platon, Ménon, trad. Léon Robin dans Œuvres complètes, tome I, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1950.

Spinoza au milieu de la pensée contemporaine en France

  • Izumu Suzuki(3 cours)

Spinoza, « le prince des philosohes » (Deleuze), est un autre prisme métaphysique à travers lequel la pensée singulière de chaque philosophe pourrait s'exprimer. A la dernière moitié du XIIIe siècle, la Querelle du Panthéisme autour de la pensée spinoziste a donné l'occasion à la naissance de l'idéalisme allemend, où Fichte, Hegel et Schelling ont formé chacun son système, en affrontant cette pensée maudite à chaque manière. Il en va de m ême de la pensée contemporaine en France, au moins quant à ses trois acteurs principaux : Michel Henry, Emmanuel Levinas et Gilles Deleuze. Chez le philosophe de « la Vie », Spinoza se trouve au commencemet de sa carrière philosophique (Le bonheur de Spinoza, 1942-1943), où retournera sa dernière pensée quasi-panthéiste en introduisant les concepts spinozistes de Natura naturans et de Natura naturata dans son cadre phénoménologique d'« immanence ». Pour le philosophe de « l'Autre », le spinozisme, en tant qu'une pensée de conatus essendi, est tout d'abord synonyme de la philosophie du Même située aux antipodes de la thèse levinassienne concernant « la séparation » du Même par rapport à l'Autre. Et le philosophe de la multiplicité n'a pas seulement consacré deux grands livres à Spinoza, mais développé ses concepts fondamentaux (univocité de l'étant, expression, corps sans organes, devenir-animal, etc.) à travers sa lecture tout à fait originale du corpus spinoziste. L'enjeu philosophique de ces trois lectures ou plutôt utilisations de la pensée spinoziste consiste, d'une part, en le statut ontologique du concept d'immanence par rapprot à celui de transcendence et, d'autre part, en la problématique de l'individuation dans la nature immanente que l'on pourrait qualifier informe(lle) ou indifférenciée.

Dans ces cours, nous nous proposerons d'élucider la portée philosophique d'un débat virtuel concernant un tel enjeu par nos trois philosophes, ce qui, en même temps, nous permettra de reprendre la fécondité toujours vivante de la pensée de Spinoza au milieu de l'histoire de la philosophie.

  • Cours 1 : Spinoza et Henry ---- immanence et ipséité
  • Cours 2 : Spinoza et Levinas ---- conatus et l'Autre
  • Cours 3 : Spinoza et Deleuze ---- univocité et devenir-animal

[Bibliographie]

  • Baruch de Spinoza, Ethique, bilingue latin-français, présenté et traduit par Bernard Pautrat, édition revue et corrigée, Seuil, 2010.
  • Michel Henry, Le bonheur de Spinoza, suivi d'«Etude sur le spinozisme de Michel Henry » par Jean-Michel Longneaux, PUF, 2004.
  • ----, L'essence de la manifestation, PUF, nouv. éd. en 1 vol., PUF, 1990.
  • ----, C'est Moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Seuil, 1996.
  • ----, Incarnation. Une philosophie de la Chair, Seuil, 2000.
  • ----, Paroles du Christ, Seuil, 2002.
  • Emmanuel Levinas, Totalité et infini. Essai sur l'extériorité, Le livre de Poche, 1990.
  • ----, L'au-delà du verset, Éditions de Minuit, 1982.
  • ----, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, Le livre de Poche, 2004.
  • Gilles Deleuze, Différence et répétition, PUF, 1968, surtout ch. 1.
  • ----, Spinoza et le problème de l'expression, Éditions de Minuit, 1968.
  • ----, Spinoza. Philosophie pratique, Éditions de Minuit, 1981.
  • ----, Critique et clinique, Éditions de Minuit, 1993, ch. XVII.
  • Gilles Deleuze & Félix Guattari, Capitalisme et schizophrenie tome 2: Mille plateaux, Éditions de Minuit, 1980.

Introduction à la philosophie de Bergson à travers les confrontations avec Lévinas et Deleuze

  • Hisashi Fujita(3 cours)

A travers ses confrontations avec deux philosophes majeurs de la philosophie française contemporaine se révèle une pensée « démodé » ou « décalé » de Bergson dans les domaines métaphysique (ontologique), scientifique et esthético-politique. Nous la lirons, au contraire, comme « inactuelle » ou « intempestive », excès de contemporanéité.

  1. (1 juin, 14h-16h) Métaphysique : L'immémorial. Bergson avec Lévinas
  2. (9 juin, 10h-12h) Epistémologie : Philosophie et Sciences chez Bergson et Deleuze
  3. (9 juin, 14h-16h) Esthétique/Politique : Désir et joie. Bergson avec Deleuze

Nishitani et la métaphysique

  • Vincent Giraud(3 cours)

Sous l'apparente modestie de son titre, Qu'est-ce que la religion ?, l'ouvrage majeur de NISHITANI Keiji (1900-1990) dissimule en réalité une entreprise philosophique de vaste envergure. Le questionnement sur l'essence de la religion sert en effet de point de départ et de fil conducteur à une construction qui, prenant acte de l'effondrement des structures classiques de la métaphysique, leur substitue une conceptualité issue pour une large part de la tradition bouddhiste indienne et extrême-orientale. Sous le double patronage de HEIDEGGER - dont il fut l'auditeur à Fribourg à la fin des années trente - et du philosophe japonais NISHIDA Kitarô - son maître à l'université de Kyoto -, NISHITANI propose une profonde reprise du questionnement métaphysique à partir de la notion de vacuité (japonais : 空, kū ; sanscrit : śūnyatā). Plus encore que d'un concept, toutefois, il s'agit d'un véritable point de vue sur l'étant, que NISHITANI nous invite à adopter. Si l'ouvrage mérite finalement son titre, c'est dans la mesure où le nouveau dispositif conceptuel ainsi élaboré n'a de sens que pour qui se rend capable d'une certaine forme de « conversion » - décentrement radical de l'existence en direction de la vacuité à partir de laquelle seule se dessine un accès à l'être.

Lors de ces séances introductives à l'œuvre de NISHITANI, nous examinerons successivement ce qu'il advient de trois catégories métaphysiques majeures en régime de śūnyatā : le moi, l'être et Dieu.

  1. Ego et « non-ego »
  2. Étre, néant et vacuité
  3. La question de Dieu

[Bibliographie indicative]

Écrits de NISHITANI Keiji traduits en langue occidentale :


  • Religion and Nothingness [= Qu'est-ce que la religion ?], trad. anglaise par Jan Van Bragt, Berkeley, University of California Press, 1982.

  • Nishida Kitarô, trad. anglaise par Yamamoto Seisaku et James Heisig, Berkeley, University of California Press, 1991.

  • The Self-Overcoming of Nihilism [1949], tr. G. Parkes & S. Aihara, Albany, State University of New York Press, 1990.

  • On Buddhism, traduction anglaise par Robert E. Carter, Albany, SUNY Press, 2006.

  • « Mein philosophischer Ausgangspunkt », Zeitschrift für philosophische Forschung, 46-4, 1992, p. 545-556.

  • « Ontology and Utterance », Philosophy East and West, 31-1, 1981, p. 29-43.

  • « The Religious Situation in Present-Day Japan », Contemporary Religions in Japan, 1-1, 1960, p. 7-24.

  • Frederick FRANCK, The Buddha Eye. An Anthology of the Kyoto School and Its Contemporaries, Bloomington, World Wisdom, 2004.

Littérature secondaire:


  • Fred DALLMAYR, « Nothingness and Śūnyatā : A Comparison of Heidegger and Nishitani », Philosophy East and West, 1992, 42-1, p. 37-48.

  • Brett W. DAVIS, « Nishitani after Nietzsche : From the Death of God to the Great Death of the Will », in Brett W. Davis, Brian Schroeder and Jason M. Wirth, Japanese and Continental Philosophy. Conversations with the Kyoto School, Bloomington & Indianapolis, Indiana University Press, 2011, p. 82-101.

  • Rolf ELBERFELD, « The Middle Voice of Emptiness : Nishida and Nishitani », in Brett W. Davis, & alii, Japanese and Continental Philosophy, op. cit., p. 269-285.

  • ----, « "Lieu". Nishida, Nishitani, Derrida », Revue Philosophique de Louvain, 92-4, 1994, p. 474-494.

  • HASE Shoto, « Nihilism, Science, and Emptiness in Nishitani », Buddhist-Christian Studies, 19, 1999, p. 139-154.


  • ----, « History, Transhistory, and Narrative History: A Postmodern View of Nishitani's Philosophy of Zen », Philosophy East and West, 44-2, 1994, p. 251-278.

  • James HEISIG, Les philosophes du néant. Un essai sur l'école de Kyoto, trad. française par Sylvain Isaac, Bernard Stevens, et Jacynthe Tremblay, Paris, Cerf, 2008. Chap. III : « Nishitani Keiji », p. 229-319.

  • David JONES, « Empty Soul, Empty World : Nietzsche and Nishitani », in Brett W. Davis, & alii, Japanese and Continental Philosophy, op. cit., p. 102-119.li>
  • KETA Masako, « Emptiness and Fundamental Imagination: Nishitani Keiji's "Emptiness and Immediacy », in James Heisig & Uehara Mayuko (éd.), Frontiers of Japanese Philosophy, vol. 3, Origins and Possibilities, Nagoya: Nanzan Institute for Religion & Culture, 2008, p. 9-40.

  • John MARALDO, « 182 - Nishitani », in Robert L. Arrington, A Companion to the Philosophers, Blackwell Publishing, 2001.

  • MATSUMARU Hisao, « Nishitani's Religionsphilosophie. Nihilism and the standpoint of Śūnyatā », Zen Buddhism Today, 14, 1997, p. 97-113.

  • Stephen H. PHILLIPS, « Nishitani's Buddhist Response to "Nihilism" », Journal of the American Academy of Religion, 55-1, Spring 1987, p. 75-104.

  • Heidi Ann RUSSELL, « Keiji Nishitani and Karl Rahner: A Response to Nihility », 
Buddhist-Christian Studies, 28, 2008, p. 27-41.

  • Bernard STEVENS, Invitation à la philosophie japonaise. Autour de Nishida, Paris, CNRS Éditions, 2005, p. 171-178.

  • ----, Le néant évidé. Ontologie et politique chez Keiji Nishitani, Louvain, Peeters, 2003.

  • Paul SWANSON, « Absolute Nothingness and Emptiness in Nishitani Keiji », The Eastern Buddhist, 29, 1, Spring 1996, p. 99-108.

  • TAITETSU Unno (éd.), The Religious Philosophy of Nishitani, Berkeley, Asian Humanities Press, 1989.

  • TAKEDA Ryusei, « Religion and Science: Nishitani's View of Nihility and Emptiness: A Pure Land Buddhist Critique », Buddhist-Christian Studies, 19, 1999, p. 155-163.