Hosei Erasmus Mundus Program Euro Pholosophy

Hosei Erasmus Mundus Program, Euro Pholosophy - Over the two academic years 2008-9 and 2009-10 at Hosei University, classes for the first semester of "Euro Philosophy", an EU Erasmus Mundus Master Program, have taken the form of one-month intensive lecture series. This is the first instance in Japan of administering such a large-scale intensive lecture series within the Erasmus Mundus Master Program.

syllabus

Phénoménologie (2010)

Le module de Phénoménologie, composé de 12 séances de 120 minutes, développera plusieurs approches de la phénoménologie. Un dialogue entre pensée européenne et pensée japonaise sera tout d'abord ouvert par la confrontation de Heidegger et Derrida, d'un côté, avec Tanabe et Tsurumi, de l'autre côté. La fécondité de ce que l'on pourrait appeler l'héritage critique, au Japon, de la phénoménologie classique sera ainsi établie. L'approche psychopathologique sera ensuite soumise à examen, que ce soit par le biais d'une interrogation portant sur la notion de « désir » chez Lacan et Hegel, ou par celui de l'étude de la mise en jeu (et en question) de l'« intersubjectivité » par l'autisme et la schizophrénie. On reviendra enfin à un texte fondamental de la tradition phénoménologique, la Krisis de Husserl, pour en scruter la structure argumentative et pour mettre en évidence ses apports, aussi bien dans la théorie des idéalités mathématiques ou physiques que dans celle de l'histoire proprement dite.

Masato GODA (2 cours) :

1. Martin Heidegger et Hajime Tanabe : la ''Logique de l'espèce'' et sa confrontation avec l'''ontologie''

Étant ''notre deuxième philosophe'' (selon l'expression d'un de ses disciples), Hajime Tanabe (1884-1962) constitue, avec Nishida (qui est, quant à lui, ''notre premier philosophe''), le fondement sur lequel s'est formée l'''École de Kyoto''. Dès les années trente, Tanabe, après avoir étudié auprès de Martin Heidegger à Fribourg, commence à élaborer une théorie qu'il appellera lui-même la ''Logique de l'espèce''. Pour ce faire, il s'est choisi Heidegger pour ''rival'' et il s'est imposé de lutter contre l'''ontologie heideggerienne'' jusqu'à la fin de sa vie.

L'espèce se situant entre le ''genre'' et l'''individu'', la ''Logique de l'espèce'' ne pouvait pas ne pas se développer en une théorie des communautés qui, à l'approche de l'éclatement de la Grande Guerre, s'est spécifiée en une ''ontologie étatique''. C'est avec cette théorie que Tanabe a incité les étudiants à se sacrifier pour leur patrie ; pour cette raison il est resté, pendant une trentaine d'années après sa mort, un philosophe tabou.

Dans ce cours, il s'agira d'abord d'éclaircir la genèse et la structure de la ''Logique de l'espèce'' à partir d'un petit texte sur l'interprétation heideggerienne de Kant : ''Synthèse et transcendance''. Ensuite, nous suivrons la transformation de cette Logique jusqu'à la parution de ''La philosophie de la metanoia''(1946). Pour finir, nous analyserons les critiques de Tanabe à l'encontre de Heidegger, parallèlement à la formation et à la déformation de sa théorie.

2. Une autre phénoménologie et sémiotique: Derrida, Peirce et Shunsuke Tsurumi

Shunsuke Tsurumi (né en 1922), très connu au Japon en tant que philosophe de la ''désobéissance civique'', est allé aux États-Unis en 1938 pour étudier la philosophie à l'Université de Harvard. Il y a assisté aux cours de B. Russell, d'A. Whitehead, etc. Il a achevé son mémoire en 1942 dans la prison de L'Office national de l'immigration à Boston. Huit ans après son retour au Japon il a publié, en 1950, son premier livre intitulé : La philosophie de L'Amérique, dans lequel il questionnait la nature du ''pragmatisme''.

Selon Tsurumi, le fondateur du pragmatisme est, sans aucun doute, Charles Sanders Peirce (1839-1914), qu'on connaissait alors très peu au Japon et en France. Philosophe méconnu pendant toute sa vie, Peirce a élaboré, dans le sillage de Ralph Waldo Emerson (1803-1882), une sémiotique (semiotics) en avance sur la sémiologie de F. de Saussure. À cet égard, on pourrait dire que Peirce est le ''jumeau'' de Nietzsche.

D'après Tsurumi, la sémiotique de Peirce se compose de trois termes : le Designatum, l'Implication et l'Interpretant. C'est cet Interpretant qui renvoie un signe à un autre signe, à l'infini, sans jamais aboutir à un dernier terme. De là l'in-quiétude du signe. C'est dans cette dernière que Tsurumi a trouvé une sorte d'arme contre la ''fixation du sens'', phénomène extrêmement néfaste aux yeux de Tsurumi pour qui l'avenir politique du Japon, de l'Asie, et par conséquent de ce monde, dépendait de la manière dont on faisait usage des signes.

Tsurumi ne parle que rarement de la philosophie française du 20ème siècle, ce qui vraisemblablement faisait partie de sa stratégie. Pourtant on peut, selon moi, trouver une réplique de sa tentative dans celle de Jacques Derrida dans De la grammatologie '(1967), qui consiste à dé-construire la notion de ''signifié transcendantal'', voire celle de ''signe'' en général. Ce qui est ici étonnant est d'ailleurs que Derrida mentionne lui-même Peirce et fait de lui son grand prédécesseur. Ce cours tentera donc de donner un aperçu général de l'œuvre de Tsurumi, tout en essayant de la comparer à la grammatologie de Derrida.

Dates et horaires des séances:

  • 09/04 [14h00-]
  • 10/04 [11h00-]

Kazuyuki HARA (2 cours) :

1. La stratégie de l'advocatus diaboli : l'élaboration de la notion de « désir » chez Jacques Lacan

Dans ce cours nous nous proposerons d'examiner les discussions que J. Lacan développe, jusqu'au début des années 1960, afin d'analyser comment la notion lacanienne de « désir » s'est formée, au contact, certes, mais finalement à une certaine distance de Hegel et de Saussure.

Dans la première partie, nous démontrerons qu'il existe une conception spécifique du désir du désir chez Lacan, avant même sa rencontre avec la philosophie hégélienne ; une conception qui oriente ses interrogations ultérieures vers l'origine même de cette philosophie.

La deuxième partie sera consacrée à l'examen de l'influence qu'il a subie de la part de la linguistique générale, qui n'était plus exclusivement saussurienne mais qui avait connu ce qu'on pourrait appeler un « tournant sémantique » au début des années 1950. C'est en effet cette linguistique qui sous-tend l'appareil conceptuel que Lacan articule en termes de « signifiant ».

Cours 1 : Lacan et Hegel : une autre dimension du « désir du désir »

  • 06/04 [16h30-]

Cours 2 : Lacan et Saussure : comment concevoir « la signification »

  • 09/04 [16h30-]

Bibliographie :

Hegel, G.W.F, La phénoménologie de l'esprit, trad. fr. J. Hyppolite, Paris, Aubier Montaigne, 2 volumes, 1939-1941.
Kojève, A., Introduction à la lecture de Hegel, Paris, Gallimard, coll. TEL, 1947.
Lacan, J., De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, suivi de Premiers écrits sur la paranoïa, Paris, Seuil, 1975.
-, Écrits, Paris, Seuil, 1966.
-, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
-, Le Séminaire (texte établi par J.-A. Miller), Paris, Seuil :
Livre I, Les écrits techniques de Freud, 1975.
Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, 1978.
Livre III, Les psychoses, 1981.
Livre IV, La relation d'objet, 1994.
Livre V, Les formations de l'inconscient, 1998.
Livre VII, L'éthique de la psychanalyse, 1986.
Livre VIII, Le transfert, 1991.
Livre X, L'angoisse, 2004.
Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973.
Saussure, F. de, Cours de linguistique générale (édition critique préparée par T. de Mauro, Postface de L.-J. Calvet), (1985), Paris, Payot, 1972.
Starobinski, J., Les mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Paris, Gallimard, 1971.

Yasuhiko Murakami (2 cours) :

Autisme et Schizophrénie : l'intersubjectivité dans le jeu stéréotypé et le délire

L'autisme est un désordre du développement d'origine neurologique. Du point de vue étiologique, ce désordre est à distinguer nettement de la psychose. Il se trouve pourtant des patients à propos desquels les psychiatres ne peuvent décider s'ils (ou elles) sont schizophrènes ou autistes ; c'est en particulier le cas lorsque ces patients ne présentent pas de délire patent.

Dans cette étude, je voudrais présenter une analyse phénoménologique de l'autisme et de la schizophrénie, afin de prendre la mesure de leur différence structurale au niveau de la communication. Je commencerai par la description du jeu de l'enfant autiste, qui est au fondement de ses modalités de communication ultérieures. Je passerai ensuite à l'étude du délire schizophrénique du point de vue de la structuration de l'intersubjectivité.

Le cours ne prendra pas appui sur la psychopathologie phénoménologique (Binswanger, Blankenburg, Kimura, etc.), mais sur l'étude psychanalytique de la psychose.

Dates et heures

  • 31/03 [16h30-]
  • 01/04 [16h30-]

Bibliographie :

Yasuhiko Murakami, Développement du sujet et la genèse dans la subjectivité (texte que vous trouverez ci-joint)

Pierre RODRIGO (6 cours) :

L'Idée de la philosophie, le « monde de la vie » et l'histoire dans la Krisis de Husserl :

Les six séances du cours seront réparties en deux blocs de trois séances rapprochées dans le temps et dans leur thématique.

L'objectif du cours est de ressaisir à partir du dernier texte d'Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale (en abrégé, la Krisis), l'idée directrice et le sens même de toute l'entreprise du fondateur de la phénoménologie. Quelle que soit sa difficulté, la Krisis s'y prête en effet très bien par de multiples aspects :

  • Par le débat critique qu'elle instaure elle-même avec les premiers essais husserliens de fondation.
  • Par ses analyses, aussi denses que novatrices, du coup d'envoi galiléen de la physique moderne.
  • Par son ambition historique nouvelle et par l'ampleur inédite qu'y prend la thématique du « monde de la vie » (Lebenswelt).

L'idée de « crise des sciences » sera replacée dans le contexte théorique de la pensée husserlienne : crise des fondements de la modernité, lutte contre l'objectivisme, « Idée-fin » de la rationalité infinie, etc. Le cours privilégiera l'explicitation de la notion husserlienne d'« histoire des idéalités », dont le rôle est central dans les développements historiques de la Krisis. Il en analysera la fécondité pour une compréhension renouvelée des créations de sens opérées par la conscience humaine dans l'horizon de l'intersubjectivité et de l'histoire.

Plan d'ensemble :

Première partie du cours. Introduction générale et projet général

  • 25/03 [14h00-]
  • 29/03 [16h30-]
  • 30/03 [16h30-]

I : La Krisis en tant que reprise et développement du projet phénoménologique de Husserl :

  • Quel projet et quel objet pour la phénoménologie ?
  • Quelle reprise et pourquoi ? L'idée de « crise des sciences » (Section I : §§ 1-7)
  • Introduction au problème et au paradoxe de la subjectivité transcendantale

II : Husserl, Galilée, Descartes : la science moderne et la philosophie transcendantale (Section II de la Krisis) :

  • L'analyse génétique de la modernité post-galiléenne (§§ 8-15)
  • Descartes comme « fondateur originel ». Son « erreur » fondamentale (§§16-20)
  • Premiers aperçus critiques sur la « voie cartésienne » suivie dans les Ideen I.

Seconde partie du cours. l'historicité du monde de la vie

  • 10/04 [16h30-]
  • 12/04 [16h30-]
  • 13/04 [14h00-]

III : La téléologie historique du « monde de la vie ». Premières approches (Sections III-A a et III-A b) :

  • La « chair » (Leib) comme réponse au problème du sujet transcendantal (§§ 25-28)
  • La phénoménologie et la « vérité cachée » de l'idéalisme kantien (III-A a : §§ 28-32)

IV : La nouvelle radicalité transcendantale fournie par la Lebenswelt (Section III-A c) :

  • L'accès au « problème philosophique universel » du monde de la vie, à l'epochè transcendantale et à l'histoire intersubjective (III-A b : §§ 33-42).
  • L'ultime exposé du commencement phénoménologique radical à partir du monde de la vie et de l'historicité du sens vécu (III-A c : §§ 43-55)